Final Fantasy: The 4 Heroes of Light – Le père oublié de Bravely Default
Final Fantasy: The 4 Heroes of Light
Le 29 octobre 2009, Square Enix sortait au Japon Final Fantasy: The 4 Heroes of Light sur Nintendo DS. Dix-sept ans plus tard, cet épisode reste assez méconnu, malgré son histoire. Il faut dire que derrière ce petit RPG se trouvait Tomoya Asano, un producteur dont le nom allait devenir indissociable de Bravely Default, puis d'Octopath Traveler. Et ce que j'ignorais jusqu'à mes recherches, c'est que Bravely Default avait initialement été imaginé comme une suite directe de The 4 Heroes of Light. Pour cet anniversaire, j'avais envie de revenir sur ce Final Fantasy un peu oublié, qui au final est bien plus important que je ne le pensais...
- Date de sortie
- Éditeur
- Square Enix
- Développeur
- Matrix Software
Avant la Team Asano, une équipe qui connaissait déjà Final Fantasy
En 2009, Tomoya Asano avait déjà participé au retour de plusieurs anciens Final Fantasy sur Nintendo DS. Il avait notamment travaillé comme producteur sur les remakes de Final Fantasy III et Final Fantasy IV, développés par Matrix Software. Deux jeux qui avaient permis à une nouvelle génération de découvrir ces épisodes dans des versions entièrement réalisées en 3D.
Cette collaboration se poursuit alors avec un projet original. Final Fantasy: The 4 Heroes of Light est confié à Matrix Software, toujours sous la production d'Asano. À la réalisation, nous retrouvons Takashi Tokita, connu notamment pour son travail sur Live A Live et Final Fantasy IV, accompagné de Hiroaki Yabuta. Akihiko Yoshida, dont nous connaissons les illustrations pour Final Fantasy Tactics, s'occupe de la direction artistique.
L'équipe voulait retrouver l'esprit des premiers Final Fantasy. À cette époque, la série principale s'apprêtait justement à accueillir Final Fantasy XIII, dont la sortie japonaise était prévue quelques semaines plus tard. The 4 Heroes of Light empruntait une direction beaucoup plus traditionnelle, avec une aventure de fantasy qui rappelait les premiers épisodes de la franchise.
L'histoire commence dans le royaume de Horne, où Brandt, un jeune garçon de quatorze ans, reçoit une mission du roi. Sa fille Aire a été enlevée par une sorcière et il faut partir à sa recherche. Brandt rencontre rapidement Jusqua et Yunita, qui l'accompagnent dans cette première aventure.
Le scénario prend ensuite une autre direction lorsque les quatre personnages reviennent à Horne et découvrent que ses habitants ont été transformés en pierre. Leur voyage les conduit à travers différents royaumes, avec plusieurs passages durant lesquels le groupe se sépare.
La construction du jeu est finalement très proche des anciens JRPG. Les personnages sont travaillés et les villes proposent leurs propres problèmes à résoudre, même si l'histoire n'est pas si complexe à suivre. Il reprend cette vieille formule dans laquelle une aventure assez modeste finit progressivement par concerner le monde entier.
D'ailleurs, lors du quinzième anniversaire du jeu en 2024, Tomoya Asano reconnaissait lui-même que The 4 Heroes of Light empruntait beaucoup à Dragon Quest III et Final Fantasy III. Une déclaration assez amusante quand on connaît l'importance de ces deux jeux dans l'histoire du genre que nous affectionnons.
Les couronnes, une première idée qui allait faire son chemin
Comme dans Final Fantasy III et Final Fantasy V, nous pouvons modifier les rôles de nos personnages en fonction des besoins du groupe. Sauf qu'ici, les développeurs ont choisi de représenter ces métiers par des couronnes.
Au fil de l'aventure, nous récupérons de nouvelles couronnes qui donnent accès à différents métiers. Un personnage peut devenir mage blanc pour soigner ses compagnons, puis adopter un rôle plus offensif lorsque la situation le demande. Le jeu compte 28 couronnes, dont sept facultatives. Certaines demandent de réussir des mini-jeux ou de remplir des conditions particulières, tandis que d'autres sont cachées au bout de donjons de 100 étages. Autant dire que si vous souhaitez obtenir tous les métiers, vous avez de quoi vous occuper bien après la fin de l'histoire principale.
Les gemmes récupérées après les combats servent notamment à améliorer ces couronnes. Elles permettent de débloquer des compétences supplémentaires, mais elles sont également utilisées pour renforcer l'équipement. Comme les ennemis ne donnent pas directement d'argent, nous pouvons aussi revendre ces gemmes. Il faut donc réfléchir un minimum avant de les dépenser.
Les combats fonctionnent également différemment des anciens Final Fantasy. Ici, les personnages n'utilisent pas de points de magie traditionnels, mais une réserve de points d'action appelée AP. Les personnages récupèrent naturellement ces derniers au fil des tours, tandis que la commande Boost permet d'en accumuler davantage en renonçant temporairement à attaquer. Les techniques les plus puissantes demandent donc un peu de préparation.
Cette gestion des actions me rappelle forcément les premières idées qui conduiront au système Brave et Default. Dans Bravely Default, les développeurs iront beaucoup plus loin en permettant d'accumuler ou d'emprunter des tours, mais on retrouve déjà cette envie de donner au joueur un choix entre agir immédiatement et préparer une action plus importante. Bien entendu, Octopath Traveler développera à son tour cette gestion des points d'action avec son système d'Exaltation (Boost), associé à la mécanique de Break qui permet d'exploiter les faiblesses ennemies.
The 4 Heroes of Light avait pourtant fait un choix assez discutable. Nous ne pouvions pas choisir directement la cible de nos attaques ou de nos soins. Le jeu la sélectionnait automatiquement en fonction de règles liées aux actions utilisées. Cette mécanique a d'ailleurs été régulièrement critiquée à sa sortie.
Bravely Default abandonnera ce ciblage automatique. À mes yeux, c'est l'une des améliorations les plus importantes apportées à ce système de combat.
Bravely Default devait être la suite de The 4 Heroes of Light
C'est en préparant cette chronique que j'ai découvert à quel point les deux jeux étaient liés. En février 2014, dans une interview accordée à GameSpot, Tomoya Asano expliquait que Bravely Default avait initialement été conçu comme une suite de Final Fantasy: The 4 Heroes of Light. Le projet avait été présenté à Silicon Studio, qui avait réalisé une démonstration. Asano avait apprécié le résultat et décidé de poursuivre cette collaboration.
Bravely Default: Flying Fairy sortira au Japon en octobre 2012 sur Nintendo 3DS, avec un nouvel univers et ses propres personnages.
On comprend alors pourquoi les deux jeux possèdent autant de points communs. Bravely Default conserve l'importance des cristaux et reprend le principe des métiers, tout en développant davantage les possibilités offertes pendant les combats.
Akihiko Yoshida participe également à ce nouveau projet. Son travail contribue à créer une certaine continuité entre les deux jeux, avec ces personnages chibi et ces environnements qui rappellent les illustrations d'un livre de contes.
Je trouve cette histoire totalement fascinante, parce que Bravely Default est souvent présenté comme le retour aux sources de Final Fantasy, à une époque où Square Enix expérimentait des formules très différentes avec sa franchise principale.
Finalement, ce retour avait déjà commencé avec The 4 Heroes of Light. Bravely Default lui a surtout permis de prendre une autre ampleur.
Il faut cependant préciser une chose : The 4 Heroes of Light n'était pas encore un jeu de la Team Asano au sens où nous utilisons cette appellation aujourd'hui. Ce nom s'est imposé plus tard pour désigner l'équipe de production de Square Enix associée à Tomoya Asano. Le développement de The 4 Heroes of Light était assuré par Matrix Software, tandis que celui de Bravely Default sera confié à Silicon Studio. Mais le lien entre les deux productions est bien réel, et Asano lui-même le confirme.
Un petit Final Fantasy à l'origine d'un héritage bien plus grand
En octobre 2024, Square Enix publiait un message de Tomoya Asano pour célébrer les quinze ans de The 4 Heroes of Light. Le producteur revenait notamment sur l'identité visuelle du jeu, dont il semblait conserver un excellent souvenir.
Il expliquait que le travail réalisé sur les villes et les environnements s'inscrivait dans une esthétique que nous retrouverons dans Bravely Default et Octopath Traveler. Cette identité visuelle évoluera finalement vers le style HD-2D, aujourd'hui associé à plusieurs productions de Square Enix.
Il serait exagéré de considérer The 4 Heroes of Light comme l'inventeur de la HD-2D. Cette technologie et cette manière de représenter les univers ont été développées bien plus tard. Mais je trouve intéressant de constater que Tomoya Asano établit lui-même une continuité entre ces différents projets.
Nous avons tendance à associer son parcours à Bravely Default, puis à Octopath Traveler. Pourtant, lorsqu'on remonte à ses premières productions, on retrouve déjà son intérêt pour les anciens systèmes de métiers et pour une représentation des mondes davantage inspirée des livres de contes.
Dans une interview publiée en 2025 à l'occasion des 35 ans de Final Fantasy III, Asano expliquait d'ailleurs que son travail sur le remake Nintendo DS constituait une étape essentielle de sa carrière. Il considérait que cette expérience, prolongée avec Final Fantasy IV puis The 4 Heroes of Light, avait finalement abouti à la création de Bravely Default.
Dix-sept ans après, j'aimerais bien retrouver ces quatre héros
Final Fantasy: The 4 Heroes of Light n'a jamais connu la même popularité que Bravely Default. Sorti en Europe le 8 octobre 2010, il est progressivement tombé dans l'oubli, alors que plusieurs de ses idées ont continué à évoluer dans les productions suivantes de Square Enix.
Il faut reconnaître qu'il avait quelques défauts. Son inventaire limité pouvait devenir contraignant, les déplacements demandaient parfois de nombreux allers-retours et son système de ciblage automatique ne faisait pas l'unanimité. Ce sont aussi ces maladresses qui permettent de comprendre les changements apportés à Bravely Default.
Ce qui me plaît dans cette histoire, c'est de découvrir qu'un jeu aussi discret a participé à la naissance d'une licence devenue importante pour les fans de JRPG que nous sommes. Sans The 4 Heroes of Light, Bravely Default aurait peut-être existé sous une autre forme. Mais le parcours de son développement aurait certainement été différent.
Lors de son message anniversaire de 2024, Tomoya Asano avait d'ailleurs exprimé son envie de voir le jeu revenir sur les consoles modernes. Une idée que je trouve plutôt sympathique, surtout quand on voit le nombre d'anciens RPG que Square Enix remet progressivement à disposition des joueurs.
Pour ses dix-sept ans, j'avais surtout envie de rendre à The 4 Heroes of Light sa petite place dans l'histoire de Final Fantasy. Le jeu n'a peut-être pas marqué toute une génération comme certains de ses successeurs, mais il a contribué à poser les bases de Bravely Default. Et pour quelqu'un qui apprécie autant les systèmes de métiers et les combats au tour par tour, je trouve que c'est déjà une belle raison de s'y intéresser.
Sources
- Square Enix (2024) – Message anniversaire de Tomoya Asano pour les 15 ans de Final Fantasy: The 4 Heroes of Light.
- GameSpot (2014) – Bravely Default: From Sequel to Sequel.
- Square Enix (2025) – Final Fantasy III 35th Anniversary Special: Interview with Hiromichi Tanaka and Tomoya Asano.
- GameSpot (2010) – Final Fantasy: The 4 Heroes of Light Review.
- Pocket Gamer (2010) – Final Fantasy: The 4 Heroes of Light Review.






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