L’actualité des jeux de rôle japonais se faisant discrète ces dernières semaines, l’apparition de Majogami, un jeu d’action en 2D signé Inti Creates, attire l’attention. Ce titre place le joueur dans la peau de Shiroha, une jeune femme amnésique projetée dans un univers aussi étrange qu’hostile. À ses côtés, une entité énigmatique : son père, transformé en feuille de papier, qui répond au nom de Shiori. Ensemble, ils explorent les méandres d’un monde façonné par des cauchemars et des illusions, à la recherche de souvenirs perdus et d’une échappatoire.
Dès l’ouverture du jeu, le ton est donné. Shiroha reprend conscience dans un lieu appelé Orchesgra, territoire mouvant, malléable, où les règles du réel semblent s’être effacées. L’ambiance est lourde et contraste avec la relation improbable qui se dessine entre la protagoniste et son père, transformé en talisman de papier. Leur lien, fragile au départ, se renforce à mesure que les épreuves s’enchaînent. Cependant, ils ne s’attendent pas à ce qui va leur arriver.
Face à eux se dressent les Majogami, des figures divines à l’apparence de sorcières, maîtresses d’un monde hanté dont nos héros ignorent tout. Les Majogami incarnent une thématique précise, exprimée à travers une mise en scène et une découverte progressive de leur rôle. Les confrontations avec ces dernières donnent lieu à des séquences de combat qui marquent l'histoire du jeu. Au terme de chaque affrontement, Shiroha récupère des fragments de mémoire matérialisés sous forme de cartes, les Recarte. Ces objets permettent à Shiroha de reconstruire son passé et de mieux comprendre le lien qui l’unit à son père.

Le gameplay de Majogami repose sur une mécanique exigeante et pour le moins atypique. Deux types d’attaques définissent la chorégraphie de Shiroha : le « Slash », frappe rapide sans coût en MP (Magic Paper), utile pour infliger des dégâts de zone, et Setsuna, une attaque franche consommant un point de MP, mais restituant ce dernier en cas de mise à mort de l'ennemi. Les images montrent une progression fluide à travers les zones, comme si chacune de nos actions devait être millimétrée pour ne pas perdre le rythme. Les attaques suivent trois axes — horizontal, vertical ou diagonal — conditionnant la posture de Shiroha, indispensable pour percer les défenses des ennemis protégés par des brumes ou des talismans. Comme si nous étions incités à enchaîner, combiner, adapter notre technique selon l’ennemi rencontré, tout en maintenant une mobilité fluide à travers des enchaînements aériens libérés par une exécution parfaite d’un combo.
Mais l’univers de Majogami ne s’arrête pas là : une troisième dimension s’insinue par le biais de l’Astralisation. Une fois l’énergie accumulée via les attaques Setsuna, Shiroha peut invoquer le pouvoir des Astrals, entités divines éparses dans cet univers. Ces métamorphoses s’accompagnent d’animations éclatantes. Au terme de ces transformations, la Sérénade Céleste se déclenche : une attaque ultime, orchestrale, capable de déchirer le monde selon la communication officielle — le contrepoids visuel et didactique nécessaire pour suivre les affrontements les plus âpres.
Le titre repose sur l’intime, sur le lien parent-enfant. L’histoire se déploie au rythme des souvenirs retrouvés, des scènes réactivées par les Recarte, dessinant peu à peu les contours d’une vie oubliée et les raisons profondes de cet exil dans un monde sombre et coloré, mais surtout inconnu.

Sur le plan visuel, Majogami revendique une esthétique très soignée, empreinte de textures de papier, d’éléments découpés et d’un clair-obscur constant. La direction artistique, confiée à un vétéran du studio, Yuji Natsume, le concepteur principal des personnages et directeur artistique de Bloodstained: Curse of the Moon et de la série Blaster Master Zero, ainsi que le designer de l’héroïne principale de Mighty No. 9.
Prévu pour une sortie en octobre 2025 sur Switch et Switch 2, Majogami s’annonce comme une proposition audacieuse dans un genre qui peine parfois à se réinventer. Son inspiration assumée de Muramasa: The Demon Blade, un titre que j’affectionne tout particulièrement, renforce encore mon intérêt pour ce projet. Sans chercher à bouleverser les fondations de l'action RPG, le titre d’Inti Creates trace sa propre voie, portée par une direction artistique affirmée, ainsi que par une mécanique nerveuse, en passant par une histoire familiale qui semble des plus intéressantes.
— L'avenir tranchera, Shiroha aussi !




