À vrai dire, j’étais réellement content quand Marvelous m’a contacté pour tester Ys Memoire: Revelations in Celceta, qui n’est autre que la version Switch de Ys: Memories of Celceta, un épisode déjà sorti sur PS Vita en 2014, sur PC en 2018 puis sur PlayStation 4 en 2020. Là où ce retour m’intéresse davantage, c’est qu’il ne remet pas simplement en circulation un vieux Falcom de plus. Il remet en avant un jeu charnière, d’abord sorti sur PS Vita, à une période où la série cherchait encore comment élargir sa formule. Ce n’est pas l’épisode le plus cité quand on parle de Ys, ni celui qui bénéficie de la réputation la plus solide, mais il occupe une place particulière dans l’histoire de la licence, puisqu’il se situe juste après Ys X: Nordics dans la chronologie officielle de la série.
On retrouve un Adol, amnésique, et dans un sale état. Il erre à moitié conscient dans les rues d’une ville, sans force et sans repères. Après avoir bousculé un passant, il s’effondre. Il est finalement secouru par une aubergiste et reprend connaissance. C’est là qu’il rencontre Duren, un informateur qui vend ses renseignements au plus offrant et qui lui apprend qu’ils se connaissent déjà. Très vite, Adol découvre qu’il s’était aventuré dans la grande forêt de Celceta avant de perdre la mémoire. C’est une zone immense, dangereuse, encore largement inconnue, au point que même l’Empire romun ne s’y est jamais aventuré. À partir de là, le jeu pose ses deux grands axes narratifs. D’un côté, il y a l’exploration et la cartographie de Celceta. De l’autre, il y a la question des souvenirs perdus d’Adol… Un héros amnésique, une zone interdite, un empire en arrière-plan, une grande terre inconnue à explorer, on est sur des bases très familières du JRPG. Le point de départ est efficace, bien pensé pour un Ys, et suffisamment solide pour porter l’aventure.

Sur une petite trentaine d’heures, Ys Memoire: Revelations in Celceta construit sa progression autour d’un groupe qui s’élargit peu à peu autour d’Adol. Duren arrive très vite, puis Karna, Ozma, Calilica et Frieda rejoignent l’aventure au fil du scénario. Ce recrutement n’a rien de décoratif, car chaque personnage apporte à la fois un type d’arme utile en combat et une fonction précise en exploration. Certains ennemis imposent de varier les profils, ce qui donne un vrai rôle au changement de personnage, tandis que l’exploration s’appuie sur des capacités concrètes comme faire tomber des plateformes, ouvrir des coffres ou activer certains mécanismes.

Le combat repose sur une formule RPG d’action — que notre bon Kondo qualifie de Flow-RPG, en temps réel donc, avec une attaque de base, jusqu’à quatre compétences et une jauge d’énergie qui permet de lancer des attaques plus puissantes. L’ensemble va vite, très vite même, et c’est cette vitesse qui donne son identité au jeu. Très tôt, l’aventure accélère encore avec les Gale Shoes, un artefact qui permet de sprinter à une allure folle et de traverser les zones en quelques secondes, en plus de servir à franchir certaines parois. D’autres artefacts viennent influer sur l’exploration, comme la possibilité de se glisser dans des fissures ou de nager sous l’eau. Le système récompense aussi la préparation, avec des compétences à équiper, des matériaux à utiliser pour améliorer l’équipement et des effets comme le poison, la paralysie ou le gel, qui peuvent faire une vraie différence, même contre des ennemis de niveau supérieur.

Cette formule garde pourtant plusieurs limites. L’IA des alliés reste inégale, correcte dans les combats ordinaires mais moins convaincante face aux boss, surtout quand il faut viser des zones précises. Certains bugs viennent aussi perturber le combat, avec des comportements étranges repérés à plusieurs reprises. Les affrontements sous l’eau, eux, cassent le rythme en réduisant l’action à l’attaque de base, avec un résultat beaucoup moins agréable. Enfin, les boss apparaissent comme le point faible du jeu. Malgré la nervosité générale du système, ils manquent souvent de relief, de variété et d’impact, au point de donner surtout l’impression de simples ennemis plus résistants. Même les quêtes secondaires, construites autour d’objectifs très classiques, prolongent davantage la boucle de jeu qu’elles ne la renouvellent vraiment.
Sur le plan visuel, Ys Memoire: Revelations in Celceta laisse une impression contrastée. Le moteur graphique déçoit par moments, non pas parce que le jeu serait laid, loin de là, mais parce qu’il alterne entre de très belles intentions et une exécution technique qui ne suit pas toujours. L’ensemble reste vif, coloré, parfois même franchement séduisant grâce à certaines animations et cinématiques, mais cela se heurte à plusieurs limites visibles. Les collisions entre personnages posent parfois problème, et Adol lui-même donne une sensation étrange en mouvement, avec une démarche raide comme si certaines frames d’animation manquaient.

Certains décors sont bien pensés dans leur composition, mais les textures viennent souvent casser cet effort avec un rendu trop lissé sans doute dû à l’upscaling HD pour la Nintendo Switch. À l’inverse, l’interface des menus fait clairement meilleure impression, avec un rendu soigné, lisible, élégant et agréable à parcourir.
La partie son est sans doute ce que j’ai préférée. La musique apparaît comme l’un des vrais points forts du jeu, avec une sélection musicale assez large qui passe d’un registre à l’autre sans perdre sa cohérence. Les combats s’appuient souvent sur des morceaux rock portés par la guitare, avec une énergie qui accompagne bien le rythme de l’action, tandis que d’autres séquences reposent sur des passages plus doux, presque symphoniques, ça fait vraiment du bien. Le doublage contribue lui aussi à cette bonne tenue du titre. Il peut parfois verser dans quelque chose d’un peu kitsch, comme souvent dans le JRPG, mais il encense davantage le récit qu’il ne le dessert réellement.

En guise de conclusion, je dirais que c’est un titre en dessous de ce que peut proposer Ys VIII: Lacrimosa of Dana, qui représente pour moi le meilleur épisode de la série, de par sa narration scindée en deux parties, ses personnages et ses mécaniques qui donneront le la à sa suite, Monstrum Nox. Pourtant, je ne peux pas m’empêcher d’apprécier ce jeu à travers les bribes de mécaniques qui feront de l’opus VIII l’œuvre qu’elle est aujourd’hui. On y retrouve toutes les habitudes et le savoir-faire de Falcom, que ce soit musicalement ou à travers la maîtrise du système de combat. Si vous ne l’avez jamais fait, et que les autres titres de la franchise n’ont aucun secret pour vous, foncez. Si vous n’avez pas encore fait Ys VIII, je vous conseille de plutôt commencer par ce dernier — Monstrum Nox étant un peu un ovni dans la franchise, entre autres, pour sa construction narrative. Je terminerai sur ce point : le jeu a vieilli, ça se voit, et pour moi, il aurait mérité bien plus qu’un simple portage.
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Ys Memoire: Revelations in Celceta
- Date de sortie (Japon) : 28/04/2026
- Date de sortie (Europe) : 28/04/2026
- Développeur : Nihon Falcom
- Éditeur : Marvelous Europe
- Genres : Action
- Consoles : Switch
- Scénario 70%
- Technique 60%
- Gameplay 80%
- Plaisir 70%
- Un rythme global très nerveux
- Un système de combat maîtrisé
- Une excellente bande-son Falcom
- Une exploration soutenue par les artefacts
- Une vraie valeur dans la chronologie
- Une technique clairement datée
- Des boss peu mémorables
- Un simple portage sans ambition

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