Dans les années 1990, les Tamagotchi — ces petits « œufs » électroniques à l’écran verdâtre — ont conquis les cours de récréation du monde entier. Les enfants pouvaient y élever un animal virtuel, le nourrir, nettoyer ses besoins et jouer avec lui, créant un véritable phénomène de société. Au fil des décennies, la franchise Tamagotchi a survécu à la mode éphémère : on l’a vue se décliner en jeux sur Game Boy et Nintendo DS, puis sur smartphones. Avec Tamagotchi Plaza, sorti le 27 juin 2025 sur Nintendo Switch et Switch 2, Bandai Namco entend faire franchir un nouveau cap à cette licence culte. C’est en effet le premier opus Tamagotchi à paraître sur une console de salon. Le développeur Hyde et l’éditeur Bandai misent sur un jeu de gestion tendre et décalé se déroulant dans la pétillante ville de Tamahiko, un univers coloré où l’on nous promet une aventure rafraîchissante. Reste à voir si la recette fonctionne ou si la nostalgie ne suffit pas.
Tamagotchi Plaza s’éloigne du principe original du petit animal à soigner dans son œuf. Ici, l’expérience s’apparente à une simulation communautaire truffée de mini-jeux, un peu comme si Animal Crossing rencontrait WarioWare.

Le joueur est propulsé sur la planète Tamagotchi : enlevé depuis la Terre par le prince Tamahiko, on se retrouve nommé responsable du comité de développement de la ville éponyme, chargé d’embellir la ville et de satisfaire ses habitants en vue d’un grand festival. Concrètement, le jeu prend la forme d’une grande place entourée de commerces, où chaque boutique donne lieu à un mini-jeu distinct représentant un service à rendre.

Il y a ainsi une douzaine de magasins dans la version Switch classique, allant du cabinet dentaire au salon de thé en passant par un atelier d’artiste ou une salle de concert. Sur Switch 2, l’édition « améliorée » propose trois boutiques supplémentaires, portant le total à 15 mini-jeux, dont certains tirent parti des nouvelles fonctions de la console — on peut par exemple y préparer des sushis ou lancer des shurikens via un contrôle gyroscopique en mode souris.
Le déroulement du jeu suit un schéma répétitif : on incarne un jeune stagiaire — un Tamagotchi que vous choisissez — qui fait le tour des commerces pour aider chaque boutique à prospérer en remplissant les commandes des clients. Chaque mini-jeu réussi rapporte de l’argent et augmente la popularité du magasin concerné. À terme, il faut améliorer chaque boutique jusqu’à obtenir le dernier rang et ainsi prouver au roi que la ville mérite d’accueillir le fameux festival.

Sur le papier, l’idée d’alterner librement entre une quinzaine d’activités variées pour développer la ville semble prometteuse. D’autant que Tamagotchi Plaza offre quelques fonctionnalités modernes : un mode coopération local à deux joueurs et même une compatibilité avec le jouet connecté Tamagotchi Uni, permettant de débloquer des objets spéciaux en jeu. Ces ajouts destinés aux familles et aux collectionneurs témoignent de la volonté d’actualiser la formule. Hélas, manette en main, les bonnes intentions laissent vite place à une exécution moins convaincante.
En pratique, la boucle de gameplay de Tamagotchi Plaza peine à tenir en haleine sur la durée. Chaque boutique propose un unique mini-jeu à répéter inlassablement. Si les premières parties amusent par leur simplicité, la routine s’installe très vite. Par exemple, servir les clients à la piscine consiste simplement à distribuer les boissons et accessoires demandés le plus rapidement possible. De même, être dentiste revient à choisir les bons outils pour nettoyer des caries, le tout sans aucun élément de surprise.

Quelques magasins essaient d’introduire des idées plus originales, comme une battle de rap où il faut appuyer en rythme pour faire s’affronter deux Tamagotchi rappeurs, ou un atelier de manga demandant de composer deux vignettes d’une bande dessinée en y plaçant les personnages et objets adéquats. Mais ces concepts sont exploités de façon minimale. En clair, on suit les demandes à la lettre, sans nécessité de bien faire.
Cette absence de défi est accentuée par des choix de game design déroutants. D’une part, aucun tutoriel n’est proposé dans la plupart des mini-jeux : le joueur est lâché sans explication et doit deviner par essais et erreurs comment procéder. Que ce soit détartrer une dent, préparer un thé gourmand ou réparer un vélo, on tâtonne au départ pour comprendre quels outils utiliser ou quel ingrédient sélectionner, au risque d’échouer plusieurs fois avant de saisir la logique.

D’autre part, Tamagotchi Plaza ne récompense ni ne sanctionne réellement la performance du joueur. Réussir brillamment un service ou le bâcler rapporte strictement la même somme d’argent dans certains mini-jeux. Le client pourra bien bougonner légèrement si le travail est mal fait, mais il paiera son dû malgré tout. Cette absence d’incitation à s’appliquer ôte tout enjeu au score : pourquoi chercher à obtenir le score maximal s’il suffit de faire le minimum pour avancer ? Le jeu se prive ainsi de la rejouabilité qu’un système de score ou de classement aurait pu apporter.
Au bout de quelques heures, le constat est sans appel : on a fait le tour du contenu. Tamagotchi Plaza exige de grinder afin de récolter suffisamment d’argent et de réputation. Le prince Tamahiko réapparaît de temps à autre pour signifier que l’on peut payer une rénovation ou agrandir une boutique, ce qui débloque quelques options additionnelles.
Autre petit détail : le personnage du joueur est doté d’un smartphone virtuel en jeu, permettant de lire des messages des habitants et de consulter un menu listant les créatures rencontrées. C’est vraiment très fun d’en apprendre plus sur les autres Tamagotchi et de voir ce qui se dit en ville.

Cependant, Tamagotchi Plaza verse rapidement dans la routine laborieuse. Certains y verront une expérience relaxante consistant à enchaîner des tâches simples dans un monde mignon et sans pression. D’autres y verront surtout un gameplay creux et répétitif, plus proche d’une application mobile gratuite que d’un véritable jeu console abouti. Pour ma part, et aussi étonnant que cela puisse paraitre, j’ai trouvé ces activités relaxantes. Certes, je n’y jouais pas durant de longues sessions, mais il m’arrivait de faire des sessions courtes durant mes temps libres.
L’univers visuel de Tamagotchi Plaza est fidèle à la mignonnerie de la série : personnages colorés et boutiques thématiques aux tons pastel constituent un décor bon enfant. Malgré ses faiblesses ludiques, Tamagotchi Plaza parvient en effet à séduire au premier regard. La direction artistique capitalise sur la nostalgie : les fans reconnaîtront les Tamagotchi emblématiques (Mametchi, Kuchipatchi et consorts) et la patte graphique kawaii des épisodes précédents. Dès l’écran titre, la musique emblématique de Corner Shop, le volet DS d’il y a 20 ans, résonne à nouveau — un clin d’œil sonore qui m’a instantanément transporté.

L’ambiance se veut chaleureuse et familiale, peuplée de créatures gentilles, au point qu’on en oublierait presque le postulat farfelu de l’enlèvement initial. Visuellement, le jeu adopte un style anime en 3D simple mais haut en couleur, avec un framerate parfait sur Switch 2. Les décors et menus restent lisibles et épurés, adaptés à un jeune public.
Tamagotchi Plaza s’impose comme un retour juste « bon ». Sur le papier, l’idée de faire revivre les Tamagotchi dans un cadre moderne et communautaire, avec de nombreux mini-jeux et une esthétique mise au goût du jour, a de quoi séduire. Le jeu remplit d’ailleurs partiellement ce contrat : il est accessible, coloré, et évoque habilement les souvenirs des anciens épisodes. Malheureusement, ces qualités ne parviennent pas totalement à masquer un gameplay répétitif qui peine à s’épanouir dans le temps. En voulant peut-être trop simplifier l’expérience pour un jeune public, les concepteurs ont ôté tout défi. Une question se pose donc : sommes-nous le public cible ? En réalité, Tamagotchi Plaza est un jeu qui s’oriente vers les habitudes ludiques japonaises. De petites sessions, répétitives, du grind et du rewarding. Nous pourrions presque assimiler l’expérience à celle d’un Tamagotchi réel extrapolé à la grandeur d’une ville. Nous ne sommes jamais loin de la recette d’origine : « dormir, manger, jouer » ; reste à savoir si ce système a bien sa place dans une expérience vidéoludique de 2025.
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Tamagotchi Plaza
- Date de sortie (Japon) : 27/06/2025
- Date de sortie (Europe) : 27/06/2005
- Développeur : Hyde
- Éditeur : Bandai Namco
- Genres : Simulation
- Consoles : Switch
- Scénario 70%
- Technique 70%
- Gameplay 60%
- Plaisir 60%
- La direction artistique qui respecte la franchise
- Le fun des premiers moments sur les activités
- La sensation de rewarding itératif et progressif
- Manque de challenge (même si c'est pas ce qu'on lui demande)
- Les bruitages parfois énervants
- La répétition (encore une fois si on omet les personnes pour qui le grind est un plaisir)
- Le prix...




