Imaginez un monde où tous les adultes que vous connaissez se mettent soudainement à vous attaquer. C’est le cauchemar qu’explore Stray Children, le nouveau RPG indépendant du studio Onion Games, prévu le 30 octobre 2025 sur Nintendo Switch et PC. Décrit comme un conte de fées doux-amer, le jeu nous entraîne dans un univers à l’innocence trompeuse, peuplé uniquement d’enfants, tandis que les grandes personnes se sont transformées en monstres menaçants rôdant hors des murs protecteurs. Annoncé initialement au Japon fin 2024, ce projet arrive enfin en Occident de manière inattendue — une aubaine pour les amateurs de JRPG originaux qui désespéraient de revoir l’esprit du classique Moon: Remix RPG Adventure renaître de ses cendres. Onion Games prend tout le monde de court en proposant ainsi sa propre vision moderne du RPG féérique, en posant une question aussi simple qu’effrayante : « Que feriez-vous si tous les adultes se mettaient soudain à vous attaquer ? ».
Le nom Onion Games ne vous dit peut-être rien, mais ce petit studio indépendant japonais est mené par des vétérans de l’industrie. Fondé par Yoshiro Kimura et d’anciens membres du légendaire studio Love-de-Lic, il réunit des créateurs ayant œuvré sur des jeux cultes tels que Moon: Remix RPG Adventure, Chulip, Little King’s Story ou encore Rule of Rose.

Depuis 2012, Onion Games s’est fait connaître pour ses titres au ton décalé et expérimental : on lui doit par exemple Million Onion Hotel, Black Bird, Dandy Dungeon ou le plus récent Mon Amour. Avec Stray Children, l’équipe revient à ses premières amours en réalisant un RPG qui se veut le successeur spirituel de Moon, ce fameux “anti-RPG” atypique de 1997 ayant récemment connu un regain d’attention grâce à sa réédition en 2021.
Kimura, le réalisateur, voit d’ailleurs ce nouveau jeu comme un aboutissement de sa carrière, dans lequel il souhaite condenser toute la magie et l’originalité qui ont fait la patte de ses œuvres précédentes.
Inspirations et références
On ne s’étonnera pas d’apprendre que Stray Children puise fortement son inspiration dans Moon: Remix RPG Adventure, dont il reprend l’esprit subversif et conteur. Le jeu est truffé de clins d’œil aux précédentes créations du studio. Cette filiation se ressent par son ton déjanté et poétique, ainsi que par sa volonté de détourner les codes du JRPG traditionnel. À l’instar de Moon, qui parodiait les quêtes héroïques, Stray Children inverse le postulat du « sauveur » : ici, ce sont les enfants qui doivent comprendre et sauver des adultes corrompus par leurs émotions négatives, plutôt que de simplement les vaincre.

Les connaisseurs penseront aussi à Undertale de Toby Fox, lui-même grand admirateur de Moon. En effet, Stray Children propose une approche alternative du combat rappelant le pacifisme espiègle d’Undertale. Plus largement, le concept d’un monde sans adultes évoque certaines œuvres littéraires. On pourrait voir dans ce conte cruel une sorte de Peter Pan à l’envers, où le Pays imaginaire vire au cauchemar et où les Enfants Perdus doivent fuir des pirates devenus monstres. L’ambiance fait également penser à Sa Majesté des mouches pour son côté survie entre enfants livrés à eux-mêmes, mâtiné d’une imagerie à la Tim Burton où l’innocence côtoie le macabre. Ces références donnent le ton : Stray Children s’annonce comme un hommage aux contes et RPG d’antan dans un ton mélancolique et dérangeant.
Combat au tour par tour et pouvoir des mots
Le cœur du gameplay de Stray Children reste un JRPG classique tout en apportant d’ingénieuses nouveautés. Les affrontements contre les adultes monstrueux — appelés Les Anciens — se déroulent au tour par tour, avec un système hybride mêlant commandes classiques et mini-jeu de timing. Concrètement, lorsque vient le tour du jeune héros, une roue de réaction apparaît : il doit appuyer au bon moment pour lancer des attaques successives ou esquiver certaines offensives ennemies.

Mais la véritable originalité vient d’une option de menu peu commune pour un RPG : la commande « Parler ». Plutôt que de frapper aveuglément, le joueur peut choisir d’utiliser des mots comme des armes, chuchotant à l’oreille des adultes des phrases capables de les déstabiliser. Par un simple murmure bien formulé, il est possible d’asséner un coup décisif au cœur (et non au corps) de l’ennemi. Chaque mot sélectionné provoque une réaction psychologique chez l’adversaire : il peut se mettre en colère, bouder, éclater de rire ou même fondre en larmes selon ce qu’on lui dit.

Chaque affrontement avec un Ancien s’apparente aussi à un duel d'agilité. La moitié du défi consiste d’abord à décrypter son comportement car chacun d'eux possède ses manies et attaques propres. Vous pourriez vous retrouver face à un énorme champignon ou à un cochon, dont les assauts se manifestent par de véritables pluies de projectiles. D’autres Anciens encore lanceront des défis plus subtils, par exemple des énigmes verbales qu’il faudra résoudre ronde après ronde pour les calmer.

Bien sûr, on pourra toujours choisir la voie facile en brutalisant nos adversaires — le jeu est rempli d’armes farfelues. Mais Stray Children valorise avant tout la victoire par l’empathie. Libérés de leurs griefs, ces adultes ne réapparaîtront plus. Comme quoi, la gentillesse à toujours du bon !
Direction artistique et ambiance
Derrière son esthétique mignonne, on voit bien toute la sombritude du soft. Stray Children adopte un style visuel résolument rétro, avec des graphismes en 2D rappelant l’ère 16-bit, mais avec ce je ne sais quoi de profond. Ce choix artistique n’a rien d’anodin : le jeune protagoniste est littéralement propulsé à l’intérieur d’un vieux jeu vidéo oublié des années 90, et le rendu visuel évoque donc délibérément les JRPG d’autrefois. Les décors n’en sont pas moins travaillés et débordent de personnalité.

Le héros se réveille dans une mystérieuse forteresse peuplée uniquement d’enfants affublés de masques d’animaux, un lieu qui ressemble à un pays des merveilles étrange et dangereux. Les intérieurs regorgent de technologies rétro qui vont avec le cachet vintage qui entoure le jeu. On traverse de coquets jardins fleuris aux couleurs chaudes, des ruelles urbaines plongées dans une brume épaisse ou encore des tunnels de train abandonnés qui rappellent que ce monde coloré en cache bien des secrets.

Les visuels oscillent habilement entre le conte enfantin et l’horreur métaphysique. Les enfants, avec leurs vêtements chamarrés et leurs masques d’animaux, ont des airs de personnages sortis d’un livre d’images. Mais dès que l’on sort de la sécurité de la forteresse, le ton change radicalement. Les adultes, eux, sont dessinés de manière grotesque et inquiétante, à l’image de leurs troubles intérieurs.

On en a aperçu certains sous forme de créatures hybrides : un chevalier fou à l’armure grinçante, une sorte de fée-champignon au sourire figé, un cochon géant en costume… Chacun de ces êtres difformes porte symboliquement le poids de ses émotions négatives (insuffisances, doutes, colère, regrets) qui se manifestent dans leur apparence même. La palette de couleurs vire alors dans des teintes plus sombres et maladives lorsque ces monstres surgissent.

Musicalement, on peut s’attendre à un accompagnement tout aussi contrasté, le compositeur Hirofumi Taniguchi (Suikoden, Chibi-Robo!) ayant par le passé signé des OST capables de passer de mélodies douces et nostalgiques à des thèmes oppressants.
Nous sommes plus qu'impatients !
Stray Children donne l’impression d’un jeu qui parle moins de monstres que de nous-mêmes. Ce qu’il raconte à travers ses pixels colorés, c’est ce moment fragile où l’on comprend que les adultes qu’on croyait infaillibles portent aussi leurs fêlures et leurs colères. Le 30 octobre 2025, ce sera peut-être l’occasion de se laisser happer par une aventure qui ressemble à un rêve un peu tordu, drôle et inquiétant à la fois, mais surtout d’y retrouver cette part d’enfance qu’on a laissée derrière nous. Parce qu’au fond, la vraie question n’est pas seulement de savoir comment battre ces figures hostiles, mais de découvrir comment, nous aussi, on apprend à grandir face à elles.
Sources : Onion Games, Steam
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