Ariana and the Elder Codex — La bibliothèque sous haute tension

23 mars 2026 Kuro 7 MIN
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Compile Heart et Idea Factory ne sont pas réputés pour faire dans la dentelle budgétaire. Leurs productions ciblent généralement une niche fidèle, habituée à un certain confort visuel et à des systèmes de jeu souvent inutilement complexes. Avec Ariana and the Elder Codex, le studio tente de sortir de sa zone de confort en proposant un Action-RPG en 2D à défilement horizontal. Dans ce projet, développé par le studio HYDE, on incarne Ariana, une bibliothécaire dotée du pouvoir de s’immerger physiquement dans les livres pour réparer les Sept Codex des Héros. L’enjeu est simple : la magie disparaît du monde réel à cause de ces ouvrages altérés. Si le point de départ est classique, le titre se jette corps et âme dans l’action, laissant de côté les fioritures pour se concentrer sur son efficacité.

Une boucle de gameplay nerveuse et sans entraves

Le cœur de l’expérience repose sur une structure segmentée. Le joueur choisit un livre dans la bibliothèque centrale, servant de hub, pour plonger dans des niveaux thématiques. Dès les premières minutes, le jeu impose sa philosophie qui consiste à favoriser l’agressivité plutôt que la prudence. Les développeurs ont pris une décision radicale en supprimant la gestion des PM. À la place, chaque sort dispose de son propre temps de recharge. Ce choix de design modifie profondément le rythme des combats. Pour ma part, je préfère vraiment ça à une gestion de PM mal gérée.

L’arsenal permet d’équiper jusqu’à six sorts simultanément. Les magies mineures reviennent presque instantanément, tandis que les sorts de zone ou les attaques massives imposent un délai de récupération plus contraignant. En outre, les contrôles répondent au doigt et à l’œil, avec une précision qui fait souvent défaut aux productions habituelles du studio. Des garde-fous intelligents limitent la frustration : Ariana ne peut pas tomber dans un précipice par accident lors d’un combo au corps à corps, et la vitesse à laquelle elle grimpe aux échelles évite de casser l’élan de l’exploration — c’est un très bon point.

Ariana and the Elder Codex

Le système d’affinité élémentaire vient ajouter une petite touche de réflexion. En frappant un adversaire avec l’élément adéquat (feu, eau, vent ou terre), une jauge circulaire se remplit jusqu’à provoquer une détonation. Ce « Burst » casse les boucliers ennemis et inflige des dégâts critiques. Ce système oblige le joueur à ne pas se reposer sur une seule capacité, mais à jongler entre les trente magies disponibles pour exploiter les faiblesses du bestiaire.

Malgré cette volonté de diversité, l’équilibrage de l’arsenal pose question : Certains sorts se révèlent beaucoup trop puissants. Cependant, le jeu permet des combinaisons tactiques gratifiantes pour ajouter de la diversité. On peut ériger un bouclier magique fixe pour se protéger tout en arrosant la zone de projectiles à distance. Mieux encore, l’activation d’une magie autonome permet de laisser une entité attaquer à sa place pendant qu’on engage le combat au corps à corps. Regrouper les monstres avec un sort d’attraction avant de lancer un éclair qui ricoche entre les cibles rend l’action très satisfaisante.

Progression, statistiques et contraintes artificielles

L’exploration est ponctuée de failles à réparer. En deux mots, ces zones déclenchent des mini-jeux chronométrés où la rapidité est la seule mesure du succès. Par contre, il est très important d’obtenir le rang A lors de ces épreuves, car cela octroie des augmentations définitives de points de vie ou de statistiques. Et forcément, c’est ici que le bât blesse… le jeu ne propose aucun bouton de réinitialisation rapide. En cas d’échec à quelques secondes de la fin, le joueur est contraint de sortir de la zone, de retourner dans une autre zone, puis de revenir pour relancer le défi. Ce manque de souplesse ergonomique hache inutilement le rythme. Après, si vous êtes un fan de JRPG, vous devriez avoir l’habitude.

Ariana and the Elder Codex

L’équipement, quant à lui, repose sur un système de coût. Avec cinq emplacements d’objets magiques et une capacité limitée, il faut choisir entre plusieurs bonus mineurs ou une amélioration majeure (réduction du recul, boost des coups critiques). Cette limite augmente avec la progression, obligeant à réévaluer son build avant chaque affrontement de boss. Les trois niveaux de difficulté permettent de moduler le défi, le mode Difficile demandant une mémorisation parfaite des patterns des boss — je blague pas. Ces derniers, souvent imposants, possèdent des angles morts flagrants que le joueur doit exploiter.

Technique : un fossé générationnel impitoyable

Sur le plan visuel, le travail de l’artiste KYK sur le design des personnages fait toute l’identité du titre. Les décors bénéficient d’une profondeur de champ travaillée, notamment dans les niveaux du feu ou du vent, où les effets de lave et les ciels dégagés flattent la rétine. Les animations d’Ariana sont fluides et détaillées. La bande-son, composée de dix-huit pistes, soutient efficacement l’action, alternant entre envolées épiques pour les boss et mélodies plus contemplatives lors des phases de calme.

Cependant, le tableau technique se gâte dès que l’on s’éloigne des machines de dernière génération. Sur une Switch classique, le moteur capitule. L’accumulation d’ennemis et d’effets de particules à l’écran provoque des chutes de framerate drastiques, rendant l’action illisible et les contrôles spongieux. Pour profiter de la fluidité promise par le système de combat, l’usage d’une PS5 ou d’un PC devient une condition sine qua non.

Ariana and the Elder Codex

Le bestiaire en révèle aussi beaucoup sur le budget du projet. Le jeu abuse du « recolor » pour varier les éléments des monstres sans créer de nouveaux modèles. Pire encore, certains mini-boss sont recyclés, même design du premier au dernier chapitre. Même les transformations d’Ariana se limitent à un changement de couleur de robe, sans modification du modèle.

Une narration qui manque de souffle

L’univers, basé sur l’idée que les livres dictent la réalité physique, est tout à fait charmant. La bibliothèque évolue au fil de l’aventure, les dialogues des PNJ se renouvelant après chaque succès. Le scénario, lui, tente d’aborder des thèmes plus profonds, comme le conflit entre la dépendance à la magie et l’essor de la technologie, mais il ne fait qu’effleurer le sujet. D’autres thèmes comme la mort et le sacrifice sont aussi mis en avant, et je dois quand même avouer que certaines histoires m’ont touché.

Cependant, la mise en scène n’est pas le point fort du jeu. Les séquences narratives à l’intérieur des livres se contentent de silhouettes animées minimalistes, ressemblant davantage à un storyboard qu’à une véritable cinématique. Les dialogues s’éternisent parfois inutilement dans le hub, entraînant des décalages absurdes entre l’urgence de la situation et le calme.

Ariana and the Elder Codex

Pourtant, le doublage japonais vient fort heureusement rehausser le niveau. La performance de la VTuber Suo Sango dans le rôle d’Ariana est une excellente surprise ; elle livre une interprétation juste et nuancée. Elle est épaulée par des vétérans comme Kikuko Inoue, ce qui permet de rester investi dans une intrigue qui, autrement, manquerait cruellement de relief.

Très charmant, mais oubliable

Ariana and the Elder Codex est un titre paradoxal. Il réussit là où on l’attendait le moins : son système de combat. Nerveux, technique et débarrassé de la lourdeur des points de magie, il offre un plaisir immédiat. La direction artistique et le doublage de qualité tirent l’expérience vers le haut. Toutefois, le manque de renouvellement du bestiaire, la mise en scène austère et les lacunes techniques sur les consoles plus anciennes ternissent le bilan. C’est un défouloir solide, idéal pour les amateurs d’Action-RPG dynamiques, avec ce je ne sais quoi d’émotion qui arrive à combler ses quelques lacunes.

7.5 Ariana and the Elder Codex

  • Date de sortie (Europe) : 24/03/2026
  • Développeur : Hyde
  • Éditeur : Idea Factory
  • Genres : Action
  • Consoles : PS5, Switch, PC
  • Scénario 80%
  • Technique 80%
  • Gameplay 70%
  • Plaisir 70%
  • Action nerveuse et très fluide
  • Système de combat sans PM
  • Doublage japonais de grande qualité
  • Direction artistique 2D soignée
  • Affinités élémentaires tactiques et gratifiantes
  • Bestiaire trop souvent recyclé
  • Mise en scène trop minimaliste
  • Ergonomie des épreuves frustrante
  • Version Switch techniquement à la traîne

Kuro

À 40 ans, j’ai probablement passé plus de temps une manette en main que sur les bancs de l’école. Fondateur de ce média, je décortique la pop culture avec un attrait assumé pour les pixels d’autrefois.

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