Le Dragon de Dojima n’en finit plus de renaître. Après Like a Dragon Gaiden et Infinite Wealth, SEGA déroule encore la grande saga du mâle japonais en costard avec Yakuza Kiwami 3 / Yakuza 3 Gaiden: Dark Ties. Un projet double, mi-remake mi-préquelle : d’un côté, la refonte intégrale de Yakuza 3 sorti en 2009, de l’autre, une relecture centrée sur Yoshitaka Mine, l’antagoniste le plus froid et peut-être le plus tragique de la série. Deux hommes, deux manières d’encaisser la vie, reliés par cette obsession commune : le sens du lien.
Yakuza Kiwami 3, c’est la parenthèse humaniste de Kazuma Kiryu, cette respiration qui suit les grandes purges du clan Tojo. Après avoir raccroché le costard, notre héros part à Okinawa avec Haruka pour s’occuper d’un orphelinat baptisé « Glory Morning ». La promesse d’une paix méritée, rapidement fracassée par la réalité : le terrain de l’établissement devient la cible de promoteurs avides et d’un obscur projet de base militaire. En quelques heures, Kiryu repasse du rôle de père adoptif à celui de redresseur de torts, en chemise fleurie, tabassant des agents immobiliers et des espions de la CIA entre deux discussions sur les devoirs des enfants. Toute la série tient dans ce contraste : un équilibre fragile entre la sagesse du quotidien et la démesure d’un Japon en plein délire géopolitique.

Le système de combat renoue avec la brutalité pure des premiers épisodes. Le style « Dragon de Dojima: Extreme » modernise le répertoire de Kiryu tout en gardant ses fameuses « Heat Actions », toujours plus spectaculaires, toujours plus absurdes — on peut à nouveau balancer des ennemis contre des panneaux de signalisation, ou les assommer avec un cône de chantier, parce que la légende ne meurt jamais.
Nouveauté, le « Style Ryukyu » introduit un art martial inspiré des techniques d’Okinawa, où l’on jongle entre nunchakus, tonfas et faucilles dans un ballet meurtrier. Mention spéciale au « Dragon Boost », ce mode furie qui transforme chaque ruelle de Kamurocho en ring sanguinolent. SEGA promet aussi quelques raffinements : la possibilité de personnaliser le téléphone de Kiryu avec des stickers pour améliorer ses stats — un détail absurde, donc indispensable.

L’autre moitié du jeu, Yakuza 3 Gaiden: Dark Ties, nous fait passer de l’autre côté du miroir. On y incarne Yoshitaka Mine, un golden boy du capital-risque trahi par les siens, qui tombe dans le monde du crime comme la savonnette nous glisse de la main. L’ancien ennemi de Kiryu retrouve ici une vraie dimension tragique, entre fascination pour la loyauté et perte de repères. Son style de combat tranche radicalement : du shoot-boxing élégant, précis, qui valorise la technique plus que la force brute. Et quand Mine entre dans son « Éveil des Ténèbres » (traduction française improvisée), ça chauffe sur l'asphalte. Le gameplay devient hystérique, les coups se déchaînent dans une orgie de violence. On n’est plus dans le code d’honneur du yakuza, mais dans la fureur d’un homme qui cherche encore une raison de se battre.

En filigrane, Kiwami 3 / Dark Ties raconte la même chose que la série depuis quinze ans : la fidélité, le poids du passé, la famille qu’on choisit contre celle qu’on subit. Kiryu croit encore à la rédemption ; Mine, lui, veut comprendre pourquoi la chute est plus charmante que la lumière. Entre Okinawa et Kamurocho, entre orphelinat et whisky sec, SEGA promet une relecture plus dense, des scènes inédites, et une mise en scène entièrement revue pour les consoles actuelles.
Alors oui, c’est encore un remake, encore une histoire de loyauté virile et de bastons dans les ruelles humides de Tokyo. Mais à chaque retour de Kiryu, il y a cette même impression d’assister à une dernière danse — une élégance brute, entre tragédie et uppercut. Et franchement, le simple fait de revoir le Dragon briser un tabouret sur la tête d’un politicien véreux justifie déjà le billet d’avion pour Okinawa... Sortie prévue le 12 février 2026 sur PS5, PS4, Nintendo Switch 2, Series et PC.
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