Baigné dans les films d'horreur et la mort depuis bien longtemps, je suis rarement touché par les œuvres qui osent l'inénarrable. CyberConnect2 a lancé la série Fuga: Melodies of Steel, froide et implacable comme tout livre qui raconte l'horreur de la guerre. Avant ces héros anthropomorphes, la licence Little Tail Bronx avait bien jeté les bases. À 43 ans, j'ai ouvert ce JRPG avec une envie retenue de cette découverte. Le récit Fuga: Melodies of Steel 2, de ces enfants-bêtes, est touchant, malaisant et la guerre, elle, toujours horrifiante.
Adieu les enfants !

Commençons par le commencement. Il y a de ces aventures qui ont des suites et d'autres dont on n'aimerait pas dépoussiérer les poncifs "en route pour l'aventure !". Fuga: Melodies of Steel 2 fait partie de la deuxième catégorie. Suite directe du premier opus sorti en 2021, nous reprenons l'histoire où elle en était restée. La fin de la guerre, les enfants reprennent le cours de leurs vies respectives jusqu'à une missive reçue de l'état.
Même s'ils ne vivent pas ensemble, toute la jeunesse marquée par la guerre va se retrouver à Pharaoh, la capitale. Là-bas, les retrouvailles sont joyeuses, attendrissantes, jusqu'aux présentations. Nos jeunes amis vont retrouver leur bon vieux vaisseau, compagnon d'une histoire longue et douloureuse, le Taranis. L'armée n'arrive pas à en ouvrir les portes, mais a pourtant développé une régénération automatisée dont personne ne connaît l'origine. Là, toute la tribu rencontrera la famille royale sans le savoir. À commencer par le Lieutenant Muscat, première fille du Président, qui se présentera en personne accompagné de sa plus jeune fille, Vanilla.

Une fois tout ce petit monde affiché, le Taranis va réagir au contact des enfants-héros. Quelques-uns vont y pénétrer pour leur plus grand malheur... La guerre était insuffisante, il fallait que le véhicule sauveur devienne le méchant dans Fuga: Melodies of Steel 2. En effet, les portes vont se refermer divisant alors le groupe en deux. Prenant par enchantement vie, le Taranis devient alors incontrôlable et tire sur tout ce qui bouge, y compris le Palais Présidentiel qui verra son dirigeant englouti par les flammes devant ses deux filles impuissantes... Le comble de l'horreur demeure dans l'utilisation du Canon des Âmes. Ce dispositif exterminateur utilise des enfants pour y puiser la force de son attaque. Vous faites le lien ? Malt et consorts vont devoir donc sauver leurs amis d'une mort certaine.
Pourtant, l'écho de la vengeance va mettre en lumière Vanilla. Cette forte personnalité va montrer à ses compatriotes qu'il existe peut-être un moyen d'arrêter le vaisseau fou. C'est alors que le prochain hangar dévoile sous les yeux ébahis et ô combien tristes, celui qu'ils avaient combattu par le passé : le Tarascus. Lui aussi a développé des capacités de guérison, mais celui-ci ne sera pas un piège. L'histoire débute alors. Celle d'un groupe qui veut sauver ses amis piégés dans un bâtiment mobile destructeur. Par la même occasion, ils essaieront de sauver toutes les bonnes âmes rencontrées en chemin.
La guerre n'est pas un jeu !
L'histoire de Fuga: Melodies of Steel 2 vous remet entre les mains les mêmes personnages que dans le premier jeu vidéo. Malt est le plus âgé du haut de ses 13 ans et fera tout ce qu'il lui est possible de réaliser pour sauver l'humanité. S'ils ont tous et toutes une apparence de chiens et chats, la narration nous montre qu'ils sont capables de s'accepter et de vivre ensemble. Car, n'est-ce pas là le plus beau dessein de la vie ? Le vivre-ensemble ? Et quand l'humain se divise, se divise, se divise, hé bien, la terreur et la froideur entrent alors en scène pour terrifier le monde entier. La guerre n'est pas un jeu, elle fait des victimes. Parents, adultes, enfants, tout y passe. Voilà la froideur dépeinte dans cette œuvre tristement magnifique.

Un gameplay qui n'y va pas par quatre chemins !
Fuga: Melodies of Steel 2 est un jeu de rôle japonais qui se ramifie en plusieurs parties. La première est la partie roman visuel pendant laquelle vous lisez des dialogues et faites avancer le scénario. La deuxième partie décrit les combats. Suivant une ligne directrice, vous êtes aux commandes du Tarascus et vous découvrez toutes les étapes jusqu'à la finalité de cette partie. Cette ligne directrice est comparable aux jeux vidéo qui proposent plusieurs routes : une facile, une plus difficile. En cela, la partie visual novel rejoint d'une certaine manière le gameplay. Dans cette deuxième partie, il y a une sous-partie qui est le cœur du jeu : la vie à bord du vaisseau.

La vie dans le vaisseau se découpe sous forme de points d'action. Avec ces 20 points désignés, toute une liste de possibilités s'ouvre à vous. Dormir pour être en forme, pêche à la ferraille pour trouver des objets amélioratifs, ou encore, l'essentiel : nouer des liens avec vos camarades. Ce dernier point est une sorte de code obligatoire pour aligner les meilleurs combattants. De plus, cette mécanique ouvre la porte aux séquences-duo. Ce sont des compétences combinées que vous pouvez utiliser lors des affrontements. Sans être ravageuses, elles se montreront bien utiles. Cette partie est délicieuse, car elle vous force à faire des choix. Quels liens privilégier ? Chacun des personnages à son trait de caractère, compatible ou non avec Malt. Chaque action à un coût différent, jongler avec toutes les activités devient alors un vrai casse-tête pour essayer d'embarquer tout le monde dans l'aventure ! J'y vois des comparaisons avec la licence Persona en termes d'organisation. Faire, refaire, tout cela sur plusieurs parties.
Revenons-en à la ligne directrice. En avançant automatiquement, un aperçu de ce qui vous attend est visible. Cela rend l'effet de la guerre un peu moins violent, par anticipation. Vous saurez donc quand il y a des combats (au tour par tour), des sauvetages, des caisses de ravitaillement et toutes les autres éventualités. Tous les acteurs de cette bagarre ont des sensibilités à des armes, vous devrez donc savoir placer vos combattants dans les bons emplacements. Chaque membre d'équipage est en binôme, et les deux alliés vous apportent alors leur lot de techniques, de séquences duo et de caractéristiques défensives. Les ennemis savent se battre et trouvent aussi comment vous détruire et ce à quoi vous êtes faibles. L'intelligence artificielle est redoutable, mais pas imbattable.

Chaque fin de route donne lieu à un combat final. Ici, outre le résultat positif que vous devrez en tirer, c'est le sauvetage de vos amis qui vous rappellera qu'ils sont précieux. Combien d'amitiés ont pu se former sur le champ de bataille, pour ceux qui y sont restés et revenus ? Le JRPG façonne toujours l'amitié et démontre à chaque fois que celle-ci et l'amour sont les facettes les plus salvatrices de l'humanité. Et l'illustre victoire ou cuisante défaite, vous vaudra une avancée scénaristique accompagnée d'une image haute en couleur résumant vos actions.
Le VN, c'est l'horreur et le gameplay, c'est pas le pied
En toute honnêteté, je suis un fan du système de combat au tour par tour, mais ici, Fuga: Melodies of Steel 2 ne m'a pas amusé. Sans qu'il soit difficile à appréhender, c'est assez ludique pour être vite maîtrisé. Par contre, j'ai rarement apprécié les jeux verbeux, et pourtant, ce sont les parties qui m'ont le plus enchanté. Ces lectures, elles-mêmes assimilables à des doubles lectures, sont de véritables trésors. Mais je n'aime pas lire dans un jeu vidéo.
Comme Fuga: Melodies of Steel 2 nous la joue un tantinet "psychologie inversée", il était assez logique que je suive cette perspective, en appréciant moins le gameplay, mais me délectant de la lecture et des illustrations. Je suis allé à contre-courant de mes idées, pour une meilleure compréhension de moi-même. Voilà ce que m'a apporté les différentes fonctionnalités rencontrées. Le tour par tour est toujours très mécanique, parfois lassant quand on en a saisi les subtilités. Je me suis assez vite ennuyé pendant ces phases, mais jamais durant la lecture ou sur les moments passés dans le vaisseau. Il y avait toujours des objectifs à atteindre pendant ces répits.
Fuga: Melodies of Steel 2, froid comme l'acier, la beauté horrifiée !
Nous voilà à une partie moins maîtrisée de ma part : la technique. Le scénario tient la route, vous met en haleine et magnifie l'horreur qu'est la guerre. Les conflits, nous en résolvons chaque jour grâce à nos attitudes, nos compréhensions, nos capacités internes. Ici, les développeurs ont fait un superbe travail concernant l'écriture, les doublages, les voix, les intonations, et les illustrations ont rarement été aussi touchantes. L'émotion est palpable à chaque moment sévère que vivent ces enfants. Vous l'aurez compris, la partie visuelle est pour moi une grande réussite.
Tout ce qui touche aux vaisseaux, aux villages me semble un peu moins abouti. Les bruitages grinçants, le bruit des chenilles, les traces laissées par le Taranis que nous suivons, les textures font moins "vraies" que le reste. C'est un peu en décalage avec ce qui est ajouté en amont. Deux poids, deux mesures.

Le point fort pour ma part vient du travail de doublage. Comme vous le savez certainement, Yoann Guéritot, français de son état et réalisateur, a évidemment apporté sa touche francophone auprès des japonais. Fuga: Melodies of Steel 2 est doublé en français, mais par ce que j'entends être des japonais. L'accent nippon appose une véritable plus-value sur les textes et déroule une fraîcheur rarement entendue. Sans que ce soit des textes longs, les "adieu", "bonjour" procurent eux-aussi une certaine véracité dans ce qui est vécu. J'ai eu la sensation d'être au plus proche de l'action par ces mots.
Des convictions intactes
Toujours le répéterais-je. Arrêtons la publicité de la guerre ! Derrière cet idéal et ce fond, très naïf, qui m'animent, se cache une tristesse concernant le poids que l'ont donne aux conflits. Il est important d'enseigner l'Histoire, mais il est aussi important de ne pas reproduire les errances du passé. C'est d'ailleurs là que se pose l'être humain dans sa capacité à transmettre. Fuga: Melodies of Steel 2 pose un décor meurtri, des enfants confrontés à une guerre qu'ils n'ont jamais cherchés, rappelant une fois encore que la guerre n'est pas un jeu et qu'elle impacte TOUT LE MONDE !
Je préfère me voir idéaliste en voyant ce que j'ai envie de voir, avec les joies et malheurs de la vie quotidienne, sans avoir envie d'aller guerroyer pour une raison absurde. Toutefois CyberConnect2 réalise un superbe travail de fond pour que nous ressentions le pire comme le plus pire — l'Empire du pire. Cependant, c'est un jeu pour lequel vous devez être suffisamment armés pour ne pas y succomber. J'ai senti une profonde mélancolie m'envahir après quatre chapitres joués. Les efforts faits, les combats, les voix qui parlent et celles qui s'éteignent, le grincement des chenilles sur le sol, j'ai fini par y croire, m'ébranlant dans mes fondations.
Fuga, je pense, est une licence parfaitement maîtrisée, mais qu'on ne peut pas mettre entre toutes les mains. Souvenez-vous l'adage : les femmes et les enfants d'abord ! Cela a du sens, mais en fait, sauvons tout le monde. La parade n'en sera que plus belle, celle d'un tout, d'un ensemble. Je crois aussi qu'il y en a qui ne peuvent être sauvés, pour x raisons.
Ce que je crois aussi, c'est que la guerre a suffisamment fait son lot de meurtrissures. Pour un bon scénario, faut-il forcément y ajouter un contexte conflictuel ? Cela semble assez clair. Quand nous lisons, nous voulons tous être épatés, nous cherchons les retournements de situation, irrémédiablement. Cela nous donne une raison supplémentaire de continuer l'aventure. Ce n'est pas comme si la guerre n'était pas LE sujet revenant année après année depuis les débuts de la civilisation. Un peu de nouveauté sans se casser la tête, je veux bien y croire. Heureusement et malheureusement, les récits les plus beaux, viennent des histoires les plus terrifiantes. Les réalisateurs de Fuga: Melodies of Steel 2 ont parachevé ce sujet sensible dans un jeu vidéo. Beau et magnifique, terrifiant et larmoyant, une préparation mentale s'impose.
— Pour compléter l'expérience, vous pouvez lire notre papier sur le premier jeu de la trilogie : Fuga: Melodies of Steel — Lire dans les yeux d'un enfant
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