[HS] Shiba Edition nous dit tout quant au processus d’édition d’un manga !
Au cours de l’événement Made in Asia 2024, nous avons eu le privilège d’échanger avec Laurent Schelkens, le directeur éditorial de Shiba Edition. Nous lui avons posé toutes nos questions sur cette jeune maison d’édition vouée à un brillant avenir. En effet, même si nous sortons des petits chemins du JRPG, la culture populaire nipponne fait partie de notre quotidien à tous. C’est donc pour cela que nous vous proposons, ce jour, cette petite lecture.
JRPGFR : Pouvez-vous nous parler de l’histoire et de la mission de Shiba Edition ?
Laurent Schelkens : En 2018, j’ai terminé mes études et j’ai décidé de rejoindre l’équipe de la librairie familiale (Ligne Claire à Mons en Belgique). C’est aussi à ce moment-là que nous avons décidé de nous diversifier et de lancer notre propre maison d’édition dédiée au Manga : Shiba Edition.
Nous avons donc publié notre premier manga : Laughter in the End of the World de Yellow Tanabe. Nous nous sommes imposés comme mission de publier des séries à potentiel, mais délaissées par les plus grosses maisons d’édition. Nos choix éditoriaux sont entre l’indépendant et le mainstream, notre but est de publier des œuvres avec un potentiel commercial, mais qui sortent un peu des sentiers battus !

Quelles sont les séries de mangas les plus populaires actuellement publiées par Shiba Edition ?
Laurent : Notre série la plus populaire est sans conteste Colorless, notre manga de SF dans lequel la couleur a disparu, mais pas tout à fait… Les lecteurs sont assez intrigués par les incrustations de couleurs qui sont faites dans le manga et le style graphique de Kent est vraiment un mix de Manga et de Comics qui fait mouche à chaque fois.

Kamisama – Opération Divine, est notre deuxième grand succès. C’est un Isekai qui se moque des Isekais, sur fond de guerre de religions totalement déjantée. Le héros, pour survivre dans son nouveau monde, est obligé de créer sa secte en utilisant les techniques de son père, un gourou complètement fou. Le fait que le manga a été adapté en animé a beaucoup contribué à le faire connaître.

Le reste de nos séries a des niveaux de ventes plutôt similaires, mais on attend beaucoup de notre dernière sortie River End Café par le grand Akio Tanaka, l’auteur de Coq de Combat !

Qu’est-ce qui distingue Shiba Edition des autres maisons d’édition en Belgique ?
Laurent : Il n’existe qu’une seule autre maison d’édition de manga en Belgique et c’est Kana, on ne peut donc pas dire que l’on boxe dans la même catégorie. Ce qui nous différencie en dehors de la taille (nous sommes deux chez Shiba Edition et ils sont une dizaine chez Kana), ce sont nos choix éditoriaux, qui sont pour moi plus “frais” et “audacieux”. De par notre petite taille, nous ne pouvons pas encore travailler avec tous les éditeurs japonais, surtout les plus gros. Cela nous oblige donc à faire beaucoup plus de recherches lors de nos acquisitions de licences et évidemment, cela nous demande plus de travail pour faire connaître la série au grand public.
Comment sélectionnez-vous les mangas que vous choisissez de publier ?
Laurent : La première étape est de savoir avec quels éditeurs nous pouvons travailler. Une fois cette liste établie, je vais sur leurs sites internet, car c’est là qu’ils répertorient toutes leurs publications. À partir de là, je regarde toutes les couvertures et si l’une d’elles me tape dans l’œil, je la mets de côté. À partir de là, je m’arrange pour lire les premiers tomes, s’ils arrivent à me convaincre ou à m’intriguer, je le montre à l’équipe, on fait des recherches pour savoir si le titre a eu du succès au Japon, on regarde si la série est toujours en cours au Japon, qui est l’auteur s’il a des réseaux sociaux, etc. On essaie de ne pas prendre de série trop longue, même si c’est parfois dur à savoir, car au Japon seul le succès d’une série détermine sa durée de vie.
Quelles sont les étapes du processus d’édition, de la sélection initiale à la publication finale ?
Laurent : Quand j’ai une petite liste de titres intéressants, on en discute avec l’équipe qui, de son côté, a peut-être elle aussi vu des mangas qui méritent d’être publiés. Après toute l’équipe se met d’accord sur les titres à demander au Japon. Je demande alors à mon agent si les titres sont toujours disponibles pour le marché francophone, si la réponse est positive, je rédige alors des offres aux différents éditeurs japonais. Si l’une des offres convient, on passe à la signature du contrat et après paiement, l’éditeur nous envoie les fichiers du manga.

De là, nous vérifions que tout est OK dans les données. Nous envoyons les fichiers ou le manga papier aux traducteurs (qui sont principalement des traductrices chez nous). Une fois la traduction effectuée, Nicolas (la deuxième personne de l’équipe Shiba) prend le relais et met en bulle et adapte les onomatopées. Il me transfère alors une version “brouillon” du manga que je relis et adapte pour que les dialogues soient les plus fluides possible à la lecture.

De là, il termine véritablement l’adaptation, car il a à sa disposition la taille quasi définitive des textes. Je repasse sur la copie pour une deuxième relecture, que je fais ensuite relire, mais cette fois c’est pour corriger mon orthographe qui laisse à désirer. Une fois que la correction est effectuée, nous l’envoyons à la traductrice qui vérifie que nos corrections n’ont pas modifié le sens du texte japonais. Si c’est bon pour elle, nous envoyons le manga à notre imprimeur.
Généralement pendant toutes les étapes où je n’interviens pas, je réfléchis au marketing, à une présentation pour les représentants, qui vont présenter le livre aux libraires. J’essaie d’anticiper leurs questions et je trouve des arguments pour qu’ils puissent en mettre un maximum en place. Nous préparons aussi la communication (trailer, newsletter, publicité, …) qui est faite entièrement en interne. Plus ou moins deux mois après le passage des représentants en librairie, le livre sort enfin et les clients peuvent se le procurer.
Avez-vous des conseils pour les auteurs et autrices qui souhaitent soumettre leurs œuvres à Shiba Edition ?
Malheureusement, pour le moment nous sommes trop petits pour éditer des auteurs francophones. Mais, je leur dirais de toujours se remettre en question et de ne pas hésiter à recommencer leurs projets, plusieurs fois, s’il le faut. Il faut se dire qu’on peut toujours s’améliorer, comme dans un shōnen de sport !
Quelles sont les tendances actuelles dans le monde du manga, et comment Shiba Edition s’adapte-t-elle à ces évolutions ?
Les tendances sont assez claires, je trouve, les Isekai, les Villaines, les Webtoons, les rééditions de classiques et les Yuri. Ce sont pour moi les grosses tendances qui se dégagent chez nous et au Japon. Chez Shiba, lorsque nous choisissons une nouvelle licence, nous ne nous disons pas “Il faut absolument que l’on sorte un Isekai, car ça se vend facilement”. Nous cherchons plutôt des titres qui peuvent être un peu intemporels comme Colorless ou Comme une Famille, car les tendances et les modes finissent toujours par passer…
Pouvez-vous nous parler de certains projets passionnants à venir chez Shiba Edition ?
Nous avons encore quelques belles séries courtes qui doivent sortir dans le courant de l’année prochaine, je pense notamment à Salomé After School (une histoire complète en deux tomes), une anthologie avec des chats beaucoup trop mignons (un tome en cours), un shōnen un peu sanglant en 7 tomes et j’en passe ! Nous avons aussi comme objectif de faire venir un auteur en 2025, mais c’est top secret donc je n’en dis pas plus…

Comment Shiba Edition travaille-t-elle avec les artistes et les auteurs pour proposer des mangas de qualité ?
Comme notre travail consiste principalement à acheter des licences, le travail est déjà fait en très grande partie par l’auteur et son tantô, nous n’avons pas notre mot à dire sur le contenu ou la qualité de l’œuvre. Mais heureusement, les Japonais sont incroyablement doués pour raconter des histoires qui nous font vibrer, nous leur faisons donc entièrement confiance !
Quels sont les objectifs futurs de Shiba Edition en tant qu’éditeur de mangas ?
Notre objectif est de nous faire encore plus connaître du grand public, car beaucoup de lecteurs ne nous connaissent pas encore et nous aimerions aussi trouver un bon équilibre en termes de rythme de parution.
Dernière question, êtes-vous fans de JRPG et si oui, comment vous ont-ils inspirés ?
Ayant grandi dans une librairie spécialisée dans la bande-dessinée (BD franco-belge, comics, manga), j’ai été bercé par de nombreux univers différents. Mais celui avec lequel j’ai eu (et que j’ai toujours) le plus d’affinité est évidemment l’univers japonais.
Mon premier jeu vidéo est, comme pour beaucoup de gens de ma génération, Pokémon. Par la suite, j’ai découvert le monde de Final Fantasy à l’esthétique sans pareil et c’en était fini de moi, je suis devenu accro. J’ai une place spéciale dans mon cœur pour Final Fantasy Tactics Advance sur lequel j’ai passé un nombre incalculable d’heures.
Évidemment, j’ai aussi joué à de nombreux classiques du JRPG tels que Golden Sun, Breath of Fire, Dragon Quest, Xenoblade Chronicles, Ni no Kuni et j’en passe… Ils ne m’ont pas vraiment inspiré, car je ne crée à proprement parler rien, mais ils ont allumé en moi une grande passion pour la culture japonaise et asiatique. Ils m’ont permis de vivre mille vies et je leur en suis extrêmement reconnaissant.
Nous remercions Shiba Edition et surtout Laurent Schelkens, pour le temps qu’ils nous ont accordé. Vous pouvez retrouver l’ensemble du catalogue de Shiba Edition sur leur site officiel, en espérant que la rédaction puisse, à nouveau, discuter avec ces incroyables personnes.
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