La licence Disgaea s’est forgé une solide réputation au fil des décennies, jusqu’à s’imposer comme une référence absolue du tactical RPG à la japonaise, un genre où la réflexion prime sur les réflexes. Avec Disgaea Mayhem, le studio Nippon Ichi Software tente une manœuvre risquée en délaissant ses damiers habituels au profit d’une approche tournée vers l’action pure. Ce virage vers le Musou-like, caractérisé par des affrontements en temps réel contre des foules d’ennemis, n’est pas la meilleur idée qu’ils ont eue, et je vous explique pourquoi dans ce test.
L’histoire nous plonge dans le Sous-monde suprême, un lieu autrefois sauvage que l’ancien Overlord Malgraf était parvenu à pacifier avant sa disparition. Sa fille, la princesse Tichelle, lui succède sur le trône, mais son règne débute par une tragédie domestique aux proportions démoniaques. Ses vassaux ont profité de la transition pour piller le réfrigérateur royal et dévorer le Flan Primordial, un dessert légendaire créé par son père.
Pour récupérer son bien, elle engage N/A., un mercenaire cynique uniquement motivé par l’appât du gain. Ce duo improbable constitue le cœur narratif de l’aventure, et leur dynamique fonctionne étonnamment bien. Les monologues intérieurs de N/A. témoignent d’un certain dégel de son cynisme au contact de la naïveté gourmande de Tichelle.
L’ambiance générale conserve cette signature absurde et décalée qui définit la franchise depuis 2003. L’intrigue entière repose sur cette obsession pour le flan, transformant ce qui devrait être une guerre civile épique en une quête culinaire grotesque. Le joueur doit traquer les Six Pourfendeurs, d’anciens fidèles de Malgraf qui l’ont trahi pour une part de dessert. Chaque rencontre avec ces boss est l’occasion de découvrir des dialogues savoureux, portés par l’humour caractéristique de la série.

Sur le plan technique, l’expérience se structure autour d’un hub central qui n’est autre que château de Tichelle. C’est ici que l’on se prépare avant de solliciter le guide dimensionnel pour lancer les missions. Le jeu propose sept types d’armes pour N.A. : l’épée, la lance, la hache, les poings, l’arc, les pistolets et le bâton. Chaque catégorie possède ses propres combos ainsi que des capacités spéciales soumises à des temps de recharge.
Les poings favorisent les enchaînements rapides au corps à corps, tandis que l’arc permet de pilonner les adversaires à distance. Le bâton se distingue par ses attaques magiques et ses projectiles à tête chercheuse. Cette option se révèle tellement efficace qu’elle finit par rendre les combats presque insignifiants en raison de sa puissance démesurée.
Les mécaniques de combat tentent d’apporter de la profondeur grâce à un système de contre-attaque, qui s’active en déclenchant une compétence juste avant de recevoir un coup. Un contre réussi réduit le temps de recharge de la capacité et augmente sa puissance. Malgré cela, le ressenti général manque cruellement de poids. Les impacts sont légers, et l’on finit souvent par traverser les vagues d’ennemis sans véritable sensation de résistance physique.
La structure des niveaux renforce cette impression de vide, avec des cartes compactes et des arènes qui manquent de détails ou d’interactions environnementales. Le bestiaire se révèle également assez restreint, puisqu’il ne compte que seize catégories d’ennemis différentes. On retrouve des figures connues comme les Prinnies, les Mites ou les Champignons, déclinées en plusieurs couleurs afin de varier leurs comportements et leurs attaques.

Pour compenser cette simplicité, le jeu intègre un système de capture de monstre. Le joueur peut les recruter après les avoir vaincus afin de les faire combattre à ses côtés. Ces compagnons peuvent être améliorés grâce à leur propre équipement et même subir une réincarnation pour augmenter leurs statistiques. La fonction Magimorph, ou Magichange, permet également à ces monstres de se transformer temporairement en armes pour N/A. afin de déclencher une attaque combinée.
L’héritage de la série se manifeste notamment à travers la présence de systèmes comme le Monde des objets. Ce mode permet de plonger littéralement à l’intérieur de n’importe quel équipement pour affronter des vagues successives d’ennemis. Chaque étage franchi augmente les statistiques de l’objet de façon exponentielle. Un simple cure-dent peut ainsi devenir une arme de destruction massive après quelques passages dans ce mode.
Cette mécanique se révèle si puissante qu’elle finit par briser totalement l’équilibre du jeu. Quelques heures passées dans le Monde des objets suffisent pour obtenir un équipement légendaire capable de pulvériser n’importe quel boss de l’histoire.
L’Assemblée sucrée, une variante de l’Assemblée démoniaque, constitue un autre pilier de cet opus. Le joueur peut y proposer des lois pour débloquer des installations, améliorer la qualité des objets vendus en boutique ou obtenir des bonus d’expérience pour la mission suivante. Les sénateurs votent sur ces propositions, et il est courant de devoir recourir à la corruption, en leur offrant des cadeaux, ou à la force brute pour faire adopter une motion contestée. La profondeur de ce système de gestion surpasse paradoxalement celle des combats eux-mêmes.

Le rythme de l’aventure est particulièrement rapide, peut-être même trop au regard des standards de la licence. La campagne principale se termine en six à dix heures environ, selon le temps consacré à l’amélioration de son personnage. Les chapitres s’enchaînent avec une brièveté déconcertante, certains ne demandant que trois à cinq minutes pour être terminés.
Une fois le générique passé, le contenu post-game, habituellement gigantesque dans un Disgaea, semble ici étonnamment maigre. Un court épilogue peut être débloqué par l’intermédiaire de l’Assemblée, mais l’absence de véritables défis capables de résister à un équipement optimisé rend la poursuite de la progression peu gratifiante.

Le jeu propose également le Monde des persos, un mini-jeu prenant la forme d’un plateau similaire à celui du jeu de l’oie. En incarnant Tichelle, accompagnée de ses monstres, le joueur déplace des pions afin d’obtenir des maléfices, des capacités passives, ou d’augmenter sa maîtrise des armes. Il s’agit d’une alternative intéressante pour personnaliser N/A., même si la réincarnation demeure la méthode la plus efficace pour bâtir un personnage invincible.
La réincarnation permet de ramener N.A. au niveau 1 en échange de points de mana, tout en conservant une partie des statistiques précédemment acquises. Le personnage peut ainsi reprendre sa progression sur des bases plus solides.
Visuellement, le titre souffle le chaud et le froid. La direction artistique conserve son charme coloré grâce au travail habituel réalisé sur les sprites et les illustrations des personnages. Cependant, la réalisation technique générale paraît datée et évoque parfois l’ère de la PlayStation 3.

Sur PS5, le joueur peut choisir entre un mode Qualité, privilégiant la finesse des graphismes, et un mode Performance, garantissant une certaine fluidité. Ce dernier s’avère indispensable pour conserver le dynamisme nécessaire à un jeu d’action, d’autant que des baisses de fréquence d’images peuvent survenir en mode Qualité lorsque l’écran est saturé d’effets visuels.
La bande-son sauve une partie de l’ambiance avec des compositions entraînantes, parfaitement adaptées à l’énergie chaotique du Sous-monde. On peut toutefois regretter l’absence de doublages durant les phases d’action. Les dialogues sont alors relégués à du texte souvent difficiles à lire au beau milieu de la mêlée. La présence de sous-titres français constitue néanmoins un point positif, même si la localisation anglaise est de bien meilleure facture.
En fin de compte, Disgaea Mayhem laisse une impression mitigée. Le jeu réussit à capturer l’essence humoristique de la franchise ainsi que ses systèmes de progression addictifs, mais il échoue à proposer un système de combat suffisamment solide pour justifier son changement de genre.
L’expérience demeure divertissante durant de courtes sessions grâce à sa prise en main immédiate et à son univers toujours aussi attachant. Toutefois, la simplification excessive des mécaniques de combat et le manque de variété des situations limitent son intérêt sur le long terme.
Disgaea Mayhem constitue ainsi un spin-off curieux pour les fans inconditionnels qui souhaitent découvrir la licence sous un nouvel angle, mais il ne parvient pas à égaler la profondeur stratégique qui a fait la réputation de la série principale. Ce titre montre que la route est encore longue avant que Disgaea ne trouve véritablement ses marques dans le domaine de l’action pure…
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Disgaea Mayhem
- Date de sortie (Europe) : 23/07/2026
- Développeur : NIS
- Éditeur : Nis America
- Genres : Action
- Consoles : PS5, Switch, PC
- Scénario 50%
- Technique 50%
- Gameplay 50%
- Plaisir 50%
- L'humour (vraiment mieux en anglais)
- Le bestiaire connu de la franchise
- Trop court
- Les mécaniques simplifiées au maximum
- Techniquement dépassé
- Une localisation française trop lisse

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