La série Brigandine fait une nouvelle fois son retour, quelques années après Brigandine: The Legend of Runersia, sorti en 2020. Pour ce nouvel épisode, le développement a été confié à Adglobe, déjà connu pour Ender Lilies et Ender Magnolia. Et on ne va pas se le cacher : le titre souffle parfois le très froid comme le très chaud. Brigandine Abyss propose des idées intéressantes et une formule stratégique qui fonctionne plutôt bien. Pourtant, certaines mécaniques donnent aussi l’impression de ne pas avoir été poussées aussi loin qu’elles auraient pu l’être. Bref, Brigandine Abyss est loin d’être parfait, mais il mérite qu’on s’y attarde. Bonne lecture !
Test réalisé sur Nintendo Switch 2
Six nations, six histoires
Brigandine Abyss prend place sur le continent de Meltitea, deux cents ans après les événements de Brigandine: The Legend of Runersia. Le royaume de Solginat est alors bouleversé par la mort de son roi. Son ancien conseiller profite de la situation pour prendre le pouvoir et donner naissance au Nouvel Empire d’Abyssloa. Celui-ci entreprend rapidement de conquérir le continent.
Le jeu nous propose de choisir entre six factions, chacune ayant son propre point de départ, ses personnages et ses motivations. On retrouve notamment Gran Dragnica, la Volonté écarlate, Mysteine, Purifano, le Clan Samura et Pandémion. Chaque faction dispose de sa propre campagne et permet ainsi de découvrir le conflit sous un angle différent. Ne vous attendez cependant pas à vivre un récit épique rempli de grandes scènes cinématiques. L’histoire reste assez classique et la mise en scène demeure plutôt légère. Ce n’est clairement pas sur son scénario que Brigandine Abyss cherche à tirer son épingle du jeu.

Pour ma part, j’ai commencé mon aventure avec la Volonté écarlate, menée par Garnet. Après la mort de son père, elle se retrouve à la tête d’un groupe de mercenaires et doit faire face à la menace d’Abyssloa. C’est une campagne qui possède un lien assez direct avec le conflit principal. Les autres factions proposent toutefois des situations plus originales. Gran Dragnica met par exemple en scène de jeunes dresseurs de dragons qui cherchent à protéger leurs compagnons. Pandémion, de son côté, nous place dans un contexte beaucoup plus particulier, avec un jeune garçon transformé en arme par une organisation pratiquant la chimérisation. Il y avait donc matière à proposer des histoires assez différentes les unes des autres.
Une campagne se boucle en une vingtaine d’heures en difficulté normale. C’est une durée plutôt correcte si vous souhaitez ensuite découvrir les autres scénarios. Le problème vient surtout de leur structure. Malgré leurs différences narratives et leurs positions de départ, les six campagnes reposent largement sur la même formule. On peut donc rapidement avoir l’impression de refaire la même aventure avec une autre faction.

J’ai tout de même apprécié mon périple avec la Volonté écarlate. À mes yeux, ce n’est cependant pas grâce à son histoire que Brigandine Abyss tire son épingle du jeu. Les interactions entre les personnages sont présentes, mais leur développement reste assez limité. Quant aux quelques cinématiques censées donner davantage de poids aux événements importants, elles manquent malheureusement d’impact.
Une direction artistique sans âme
Après Brigandine: The Legend of Runersia, beaucoup s’attendaient probablement à retrouver une direction artistique du même acabit. Et clairement, ce n’est pas le cas. Brigandine Abyss opte pour une esthétique fantasy beaucoup plus générique. Au passage, le jeu perd une partie de l’identité visuelle de son prédécesseur. Les artworks des personnages sont loin d’être mauvais. Pourtant, l’ensemble est beaucoup moins marquant. The Legend of Runersia possédait une véritable personnalité, notamment grâce aux designs de Raita Kazama. Abyss se montre beaucoup plus classique dans son approche. On retrouve des personnages qui pourraient facilement provenir de nombreux autres univers de fantasy.
Le problème se retrouve également en jeu. Les différents portraits permettent de distinguer les nombreux personnages. Une fois sur le champ de bataille, c’est toutefois une autre histoire. Beaucoup utilisent des modèles assez génériques. Seuls certains personnages principaux disposent d’une apparence réellement distinctive. C’est dommage, car le casting aurait mérité d’être davantage mis en valeur directement sur le terrain. Les environnements ne sont malheureusement pas beaucoup plus convaincants. Les cartes de combat restent assez classiques et manquent parfois de personnalité. Certains éléments donnent même une impression de déjà-vu, voire de vieillesse. C’est d’autant plus visible lorsque l’on compare le résultat avec The Legend of Runersia.

Alors oui, on pourrait me répondre que je chipote. Après tout, ce n’est pas parce qu’un jeu n’est pas particulièrement beau qu’il est mauvais. Et ce serait parfaitement vrai. La direction artistique ne fait évidemment pas tout. Mais lorsqu’un épisode précédent proposait une identité visuelle aussi affirmée, difficile de ne pas ressentir une certaine déception. Heureusement, tout n’est pas à jeter dans la présentation. La musique fait clairement le café. Les compositions de Rei Kondoh accompagnent efficacement les différentes phases du jeu et apportent un peu plus de caractère à l’ensemble. Ce ne sera probablement pas une bande-son qui restera dans les annales, mais elle remplit parfaitement son rôle. Enfin, Brigandine Abyss a la bonne idée de proposer ses textes en français, tout en conservant les voix japonaises. Les différentes seiyū font correctement leur travail et donnent un peu de vie aux personnages. Dommage que la mise en scène, assez limitée, ne leur permette pas toujours de réellement briller.
Brigandine Abyss : de bonnes idées, mais une exécution bancale
C’est clairement sur son gameplay que Brigandine Abyss a le plus de choses à proposer. Le titre mélange gestion des territoires, développement de ses armées et combats tactiques au tour par tour. La formule est assez simple à comprendre, mais demande rapidement de faire les bons choix. Je l’ai d’ailleurs appris à mes dépens, puisque j’ai dû recommencer une partie après avoir mal compris le fonctionnement général du jeu. La phase d’organisation est au cœur de cette expérience. Elle permet de gérer ses territoires, renforcer ses troupes, envoyer ses commandants en quête et préparer les prochaines batailles. Il faut donc constamment réfléchir à la manière de répartir ses forces. Envoyer un commandant en expédition peut, par exemple, vous priver d’une unité importante pour défendre un territoire. La gestion de la carte demande donc un minimum d’anticipation. C’est d’ailleurs cette partie que j’ai probablement le plus appréciée. La conquête du continent donne presque l’impression de jouer à un gros jeu de société. On choisit ses cibles, on développe ses bases et on cherche à renforcer progressivement son armée. Chaque décision peut avoir des conséquences sur les batailles suivantes.
Vient ensuite la phase d’invasion. Les combats se déroulent au tour par tour sur de grandes cartes hexagonales. Vous pouvez engager jusqu’à trois commandants, chacun accompagné de plusieurs monstres. Le nombre de créatures dépend notamment des points de commandement du leader. Il faut donc réfléchir à la composition de chaque groupe et essayer de faire fonctionner les différentes unités ensemble. Sur le papier, le système possède donc de bonnes bases. Le positionnement, le terrain, la hauteur, les déplacements et les différentes capacités peuvent avoir leur importance. Il est également possible de concentrer ses attaques sur le commandant adverse. Si celui-ci tombe, les unités qu’il dirige sont contraintes de battre en retraite. Il peut donc être plus intéressant de chercher directement le leader ennemi plutôt que d’éliminer toutes ses créatures une par une. Malheureusement, c’est aussi là que le bât blesse. Une fois que vous avez compris le système et trouvé une composition d’équipe qui vous convient, les combats deviennent rapidement beaucoup plus simples. On finit même par littéralement rouler sur certains affrontements.

Le système de Rally apporte heureusement une petite couche de stratégie supplémentaire. Il permet à un commandant d’absorber un monstre afin de récupérer certains de ses traits passifs. Une créature qui semble peu intéressante au premier abord peut donc trouver une véritable utilité dans une composition. C’est une bonne idée et cela permet de créer quelques combinaisons intéressantes. Le problème vient encore une fois de l’équilibrage et de l’intelligence artificielle. Certains traits sont nettement plus intéressants que d’autres. Surtout, les ennemis ne savent pas toujours exploiter correctement les possibilités offertes par le système. Ils peuvent même laisser leurs commandants dangereusement exposés. Une fois cette faiblesse comprise, il devient assez facile de mettre en place une stratégie efficace. Les affrontements perdent alors une bonne partie de leur intérêt tactique. C’est dommage, car les bases sont réellement intéressantes.

Et c’est finalement assez frustrant. J’ai beaucoup aimé la partie gestion du titre. Développer ses territoires, préparer ses armées et décider où porter son prochain coup fonctionne vraiment bien. En revanche, les batailles ne parviennent pas toujours à maintenir ce même niveau d’intérêt sur la durée. Heureusement, le mode Mission vient apporter un peu de fraîcheur. Il permet de choisir parmi 24 nations et propose à chacune une condition de victoire différente. Certaines missions demandent de conquérir le continent avant une limite de saisons. D’autres imposent de rembourser une dette, de réunir certaines créatures ou de respecter des restrictions particulières. C’est clairement dans ce mode que les mécaniques du jeu sont le mieux exploitées.
Au final, Brigandine Abyss possède une base de gameplay vraiment intéressante. La gestion des territoires et la composition des armées sont particulièrement plaisantes. C’est même, à mes yeux, la grande force du titre. Dommage que les combats finissent par devenir répétitifs et que l’intelligence artificielle ne soit pas à la hauteur. Le jeu possède de bonnes idées, mais certaines auraient mérité d’être davantage poussées.
Brigandine Abyss ou un potentiel gâché
Je ne vais pas y aller par quatre chemins : Brigandine Abyss est un jeu qui aurait clairement pu être meilleur. Et c’est probablement ce qui me frustre le plus avec ce titre. Il possède de bonnes idées, une gestion des territoires vraiment agréable et un système de combat qui, sur le papier, a de quoi séduire. Le problème, c’est que tout cela manque parfois de finition. Une fois la boucle de gameplay comprise, les combats deviennent rapidement répétitifs. L’intelligence artificielle n’aide clairement pas et certaines mécaniques auraient mérité d’être davantage poussées. Même la direction artistique m’a laissé sur ma faim après un The Legend of Runersia bien plus marquant de ce côté-là.
Pour autant, je ne peux pas dire que je n’ai pas pris de plaisir à y jouer. La conquête du continent, la gestion de ses territoires et la création de ses armées m’ont réellement accroché. Le mode Mission apporte également un peu de fraîcheur et permet de profiter davantage des possibilités offertes par le système.
Mais voilà, Brigandine Abyss me laisse surtout avec cette impression de rendez-vous manqué. Le potentiel est là, mais le jeu ne va jamais vraiment au bout de ses idées. Et après un The Legend of Runersia plus appréciable, j’espérais forcément un peu plus. Brigandine Abyss n’est donc pas un mauvais jeu. Il est même plutôt agréable si vous aimez les jeux de stratégie et la gestion de territoires. Mais entre son manque d’identité, ses combats qui finissent par tourner en rond et une IA franchement perfectible, difficile de ne pas rester sur sa faim. Une bonne base, de bonnes idées… mais un potentiel clairement mal exploité.
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Brigandine Abyss
- Date de sortie (Japon) : 27/08/2026
- Date de sortie (Europe) : 26/08/2026
- Développeur : Adglobe
- Éditeur : NIS America
- Genres : Tour par tour, Tactique
- Consoles : PS4, PS5, Switch, PC, Series
- Scénario 60%
- Technique 50%
- Gameplay 65%
- Plaisir 70%
- De bonnes musiques
- La gestion de territoire
- Graphiquement trop générique
- Un potentiel de gameplay gâché

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